Mark Grosset était ce qu'on nomme un "picture editor", un "œil" comme on l'écrit pour les plus talentueux.
Il débute, à la fin des années 70, par le côté le plus dur du métier : la vente. Etre "vendeur" - il le fut à "Sipa Press" - consistait, à cette époque pré-numérique, à sauter dans le métro ou sur un scooter avec des reportages sous le bras, pour faire le tour des services photo des rédactions.
A "la Compagnie"
Au début des années 80, Mark Grosset rejoint une petite agence de presse naissante, un "collectif" : "La Compagnie des Reporters", née des rêves de Xavier Périssé et de votre serviteur, rejoint par une poignée d'autres affamés de liberté: Philippe Charliat, Pierre Perrin, Christian Rausch, Jean Guichard, François Missen, Marc Simon, Antoine Darnaud, Jacques Cochin, Bernard Mathieu, Sergio Gaudenti, Ettore Malanca, Yann Layma et tant d'autres.. Tout cela avec l'irremplaçable assistance de Sylvie Languin et de Danielle Guardiola.
C'est là, que Mark commença à exercer son vrai talent de "picture éditor". C'est lui qui encouragea, les premières années, toutes cette compagnie à être toujours plus exigeants sur la qualité des reportages.
Le "picture éditor" d'une agence de photojournalistes est, avant tout, un dénicheur de talents, un amoureux des reporters, un passionné de photographie. Pour ce "job" la curiosité est une qualité indispensable, la patience aussi. Les talents sont non seulement rares mais fréquemment caractériels. Les photojournalistes, par métier, ont le devoir "de se mettre dans la merde", c'est-à-dire d'être là où le monde souffre, là où le monde se craquelle ou s'effondre. Il faut un caractère bien trempé pour résister aux peurs, aux emballements, et "s'en sortir".
A leur retour de reportage, ils ont besoin d'une référence, d'un homme à qui montrer leurs images, à qui les explique. Le 'picture éditor" doit toujours être là, à l'écoute. Savoir se taire quand il faut, taper sur l'épaule de temps à autre, gueuler parfois et souvent trinquer à tous les sens du mot.
En 1982, après la cession de l'agence "Viva" à la "Compagnie" par Christiane et Claude Dityvon, Mark Grosset entreprit avec l'aide de Marie-Christine Biebuick et Kada Mekdoul d'éditer "la couleur" des membres de cette agence connue pour son "noir & blanc". Il retrouvera certains de ces photographes quelques années plus tard à Rapho notamment François Lediascorn et Jean-Louis Courtinat.

Le départ de Mark Grosset de Viva, la Compagnie des reporters.
Photographie Philippe Charliat.
"Black Star France"
Mark Grpsset quitta deux fois la " Compagnie des reporters"": une fois pour "monter un bar en Espagne... Il ne manquait pas de fantaisie. Une autre fois, il partit définitivement avec Sylvie Languin pour créer "Black Star France" où il regroupa parmi les plus beaux spécimens du photojournalisme de l'époque : Reza, Manoucher, Michel Setboun, etc...
Mark avait la passion de la photographie, "des photographes" me corrigea t-il, un soir de "bouclage". Il était tombé tout petit "dans la marmite".
Né en 1957 de l'amour de Barbara et Raymond Grosset qui dirigeait alors une agence que la presse mondiale connait, l'agence Rapho. Le grand public lui ne connaîssait pas Raymond, le père ni Mark, le fils, car toutes leurs énergies se sont toujours déployée pour défendre et faire connaître les photographes, pas les Grosset.
"Rue d'Alger"
Rapho, c'est cette agence, cette "maison", comme on dit pour les éditeurs de livres, où se côtoyaient des Robert Doisneau, des Willy Ronis pour ne citer que les deux plus connus. Une fois encore, je ne veux vexer personne, mais encourager le lecteur à regarder les noms des photographes et des agences, trop souvent écrits si petits et à la verticale le long des images des magazines, mais qu'on retrouve heureusement aujourd'hui, dans de nombreux livres.
Mark était bien le fils de son père pour la rigueur et l'engagement professionnel, mais il eut toujours son propore reagrd, "ses" photographes, "ses" photographies, "sa" conception et sa vision du métier.
Devenu, à son tour, patron de Rapho, il fut confronté à la crise que ces agences subirent à la fin des années 90. Les Grosset firent le choix de vendre l'agence Rapho au Groupe Lagardère en 2001. Se sachant malade que croyez-vous qu'il fit ?
Ce n'est pas aux Seychelles ou dans d'autres paradis qu'il entreprit d'installer son amoureuse, d'investir son temps et son argent, mais "dans" la jeunesse en prenant la direction d'Icart,une école de photo; et surtout en fréquentant de plus en plus assidûment les photographes de l'ex-URSS qu'il découvrait depuis 1988, grâce à Marie-Françoise George.
Paris-Moscou AR
En 2002, il crée la "Mark Grosset Photographies" pour - entre autre - revisiter cette photographie soviétique et découvir des talents d'aujourd'hui. C'est alors une nouvelle aventure qui l'anime et l'amène chaque mois à Moscou, mais aussi dans bons nombre de républiques de l'ex-empire, à la recherche de clichés. Chaque image qu'il ramène a deux histoires, l'officielle et la nouvelle qu'il a découvert grâce à ses amis russes.
Avec Jean-François Leroy, pour Visa 2002, il monte la première grande exposition en occident de Mark Markov-Grinberg. Puis il s'attelle à rééditer tous les "négatifs" d'Evgeni Khaldei, ce photographe connu pour l'icône dite du "Drapeau rouge sur le toit du Reichtag". Il en tira une monographie publiée aux éditions du Chêne : "Khaldei un reporter en union soviétique". Infatigable malgré la maladie qui gagne du terrain, il met en valeur une collection époustouflante de photographies de la seconde guerre mondiale projetée à Visa l'an dernier.
Toujours en 2005, toujours en luttant avec humour contre le mal qui le ronge, il organise à Levallois, près de Paris, une exposition de Xavier Lucchesi, ce "photographe sans appareil photo", dont on a pu voir, en août dans "Paris-Match", le travail sur des œuvres de Picasso.
Enfin, cette année encore, et jusqu'au dernier jour, il boucle avec Aline Manoukian sa collaboratrice, et l'historien Nicolas Werth, le choix de plusieurs centaines de photographies pour une somme: "L'URSS sous Staline" a paraître début 2007.
C'est un grand œil qui manquait, cette année, à Visa pour l'image et beaucoup de ceux qui, au Campo Santo, regardaient la projection "les années Staline" ne pleuraient évidemment pas le "petit père des peuples" mais le grand "Mark avec K".
Michel Puech

Notes:
1/ Il va de soi que son travail va continuer à être valorisé par la "Mark Grosset Photographies" Contact: Aline Manoukian à www.Mark-Grosset-Photographies.com.
2/ Lire dans le mensuel Photo n°432, l'hommage de Jean-François Leroy
Voir aussi sur ce site le dossier : Agences photographiques
et naturellement www.Mark-Grosset-Photographies.com




Photojournalisme: Visa sans Mark mais
pas sans talents.