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Baty, mon pote de 68
 
"Mon métier est de voir et faire voir. Je ne ressens pas la nécessité d'en changer" Jean Lattès Photojournaliste (1917-1996)

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Mis à jour le 21/08/09


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Baty, "mon pote des années 68"

Il ne louchait ni comme Sartre, ni comme Nizan. Il avait son regard à lui, j'avais le mien, mais plus de chance. Ma malvoyance ne se voyait pas. Pourtant j'en souffrais, comme lui peut etre de la sienne. Il n'en disait rien et, c'est lui qui m'aida.

C'était l'époque ou l'on construisait des bateaux à La-Seyne-sur-mer (Var). Comme j'étais "l'étranger qui parle pointu", une bande de joyeux imbéciles avaient pris l'habitude de me prendre comme putching ball à la sortie des cours du Lycée Beaussier. Cela dura... Jusqu'au jour ou Baty et Tony, son frère, m'offrirent l'abris de leurs amitiés. Ils étaient rugbymen.

Nous habitions des maisons proches, nous prenions le bus ensemble et Baty était mon voisin de banc d'écolier les trois ans qui précédèrent "la révolution".

Au "bahut", dans une section de "secrétariat", au milieu de 35 futures sténo-typistes, nous refusions l'avenir que le paysages des grandes grues nous dessinait . Comme si, nous avions l'intuition que ce monde là n'allait pas être pour nous.

Un matin de mai 68, nous avions rendez vous sur le port pour le café. Je revenais de Paris. Ce n'était pas ce que disait la télé. Ici, aux Chantiers me dit Baty les gars bougeaient. Nous n'avions pas fini le café que c'était décidé: le lycée serait occupé. L'histoire allait sortir de nos livres et on allait bien rigoler.

Pour une belle fête, c'en fut une. Elle dura même tout l'été. Puis après, nous commençames de vieillir.

Jusqu'au mois de juin dernier où me reconnaissant dans une émission de télévision où je témoignais sur la malvoyance, il m'écrivit son affection. Ce jour là un rayon de soleil entra mon coeur. L'amitié était donc plus forte. Et il était resté fidèle à nos vingt ans. Il avait gagné mon pote. Il était journaliste à La Marseillaise. Dans l'écho de sa voix j'entendis les hululements, les grincements, les cornes des Chantiers qui disaient: le printemps revient.

MP

Issy-les-Moulineaux le 10 décembre 1997

Publié dans la page d'hommage que "Le Petit Varois, La Marseillaise" consacra la mémoire de Jean-Baptiste Guigiaro dit Baty

Le monde de la photo numéro 17 de juin 2009
Le parcours d’un photojournaliste  malvoyant
par Gilles Klein


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